samedi 3 janvier 2009

Nouvelle année: l'heure des résolutions

Une année riche en découvertes et en échanges littéraires vient de s'écouler.
Même si je ne suis guère friand de ce genre de billets, j'aimerais profiter de l'occasion pour remercier les passagers habituels de la taverne, Irma Vep, Nikola Delescluse, Anne-Sophie Desmonchy en tête, les personnes qui m'ont aidé, par leurs informations précieuses, à élaborer ce blog, aussi ceux qui m'ont insufflé leur passion pour la littérature, sans oublier tous les curieux de passage qui ont laissé ou non leur empreinte sur ces pages.

Voici l'heure des traditionnelles résolutions.
Tout d'abord, je regrette de n'avoir pas un temps à rallonge qui m'aurait permis de suivre un rythme plus régulier à mes billets.

Promis, l'année prochaine, je ferai le nécessaire pour que mes chroniques "d'un blog à l'autre" soient élaborées mensuellement. Tout en gardant une orientation évidente pour la littérature, je souhaiterais apporter un regard plus fréquent sur des domaines comme le cinéma, à l'image du parallèle réalisé sur Lettre d'une inconnue, et que la taverne devienne un carrefour d'échanges pour les curieux de la littérature.

Je regrette aussi toutes les maladresses et autres coquilles qui se sont insérées( à l'insu de mon plein gré) tout au long de l'année sur ces pages. En 2009, je serai plus vigilant que jamais.

Si vous avez des suggestions qui pourraient apporter un plus à la taverne, n'hésitez pas à m'en faire part. C'est dans la diversité qu'on évolue.

Sur ce, je vous souhaite à tous et à toutes, plein de belles choses pour cette année 2009.

dimanche 21 décembre 2008

ASCENSION DE LUDWIG HOHL, un pur diamant taillé dans le roc

Pour célébrer la venue de l'hiver, j'aimerais évoquer une oeuvre qui nous emmène au coeur de la montagne, l'une de celles qui ont porté toute mon attention sur la maison Attila.
Revu et corrigé pas moins de six fois entre 1916 et 1940, il faudra encore attendre 1975 pour que l'écrivain suisse allemand Ludwig Hohl achève son roman de montagne, Ascension, et qu'il soit publié chez Gallimard. Malgré le succès connu dans un premier temps, l'oeuvre est passée de mode et tombée depuis dans un oubli relatif, duquel Attila tente de l'extraire.
Si ce récit de deux alpinistes partant à l'assaut d'un sommet alpin, présente la vraisemblance, l'authenticité descriptive du milieu naturel et la force brute d'une expérience vécue, il demeure une fiction à part entière.

L'aventure débute sur la terrasse d'un café, au pied de deux vallées alpines. Le ciel est radieux; le paysage ressemble à s'y méprendre à celui d'une carte postale. Au loin, tout là-haut, l'objectif des deux alpinistes apparaît comme une muraille redoutable, un bouclier de roc, "un immense navire". Il s'agit probablement d'un "4000" suisse, mais lequel? L'auteur refuse de nous le dévoiler, probablement pour de ne pas entraver l'imagination du lecteur.
Rapidement, l'insouciance et la méconnaissance de Johann s'opposent à la prévoyance et à l'expérience de Ull, annonçant la dissension fatale. Ce dernier admoneste son compagnon pour qu'il s'alimente, ce que Johann refuse obstinément de faire avant qu'il soit "là-haut".
De même, malgré les conseils plein de sagesse de Ull, Johann rechigne à s'encorder au pied du glacier. Tandis que le premier se repose sans trop de peine, le second a un sommeil bien trop agité, que vient traduire le fantastique rêve de l'ours.
L'opposition de caractère s'exprime aussi dans la différence de style des deux alpinistes. Tandis que l'allure de Ull est alerte, la démarche de Johann est beaucoup plus lourde.
Au fur et à mesure de leur progression, la montagne s'affirme plus présente, comme un personnage à part entière en affichant un aspect d'hostilité graduelle au fil des pas. Aux pentes gazonnés d'un vert bucolique et aux alpages à l'herbe plus drue, succèdent bientôt des paysages totalement désertiques.
Derrière son apparente clémence, la face cachée de la montagne se profile à l'horizon.
Tandis que les traces de civilisation disparaissent, les conditions climatiques deviennent à leur tour plus menaçantes.


Bientôt, le glacier labyrinthique se dévoile.
Les moraines s'élèvent monstrueusement pour enserrer les alpinistes dans ce dédale ancestrale. Progresser signifie dès lors contourner les insoupçonnables pièges crevassés, dans un climat de bal fantasmagorique qui hante ce parcours endiablé.
"Mais en haut, ces formes mutilées et raides n'ont aucun rapport entre elles; l'une est de guingois, l'autre jaillit comme une flamme, d'autres se penchent si bien qu'on se demande comment elles tiennent, les unes grasses s'agglomèrent, les autres tenant leurs distances, la plupart au coude à coude- effrayantes et grotesques; carnavals d'ombres et de formes, cornes d'aurochs, dents de vampire, lions dressés, ours dansants, caricature de mitron, ou de meunier portant le sac sur son dos, ou de notable en haut-de-forme, de veuve drapée de voiles noirs de pied en cap, de crocodiles et de dragons."


La solitude des lieux oblige Ull à se retrancher intérieurement, à succomber à des visions de plus en plus obsédantes. Peintre scrupuleux des entrailles de l'univers alpin, Ludwig Hohl réalise aussi l'exploit de mettre au diapason réalisme et onirisme.
A travers cette course sans temps morts, grâce à une narration épurée, Ludwig Hohl nous délivre les leçons implacables de cet univers jusqu'aux toutes dernières phrases, morale abrupte, lourde d'échos. La montagne est une majesté inviolable pour ceux qui n'appliquent pas l'humilité dont il faut se prémunir pour l'aborder.

A l'occasion de cette réédition de 2008, afin de rendre hommage aux images saisissantes qui étreignent à l'unisson les protagonistes et lecteur, Attila a fait appel à un illustrateur du nom de Martin Tom Dieck dont les compositions en noir et blanc ouvrent les chapitres. Elles collent bien aux immenses formes dont les contours indistincts étreignent les deux alpinistes, sans brider l'enchantement de la lecture. Saluons de même la mise en page attractive, la présentation générale et tout particulièrement, la couverture. Derrière un discret papier calque, se cache une série de sommets au profil effilé. Elle fournit un bien bel écrin au livre, pour finir de lui conférer le statut de bel objet.



  • Ascension de Ludwig Hohl, un récit échevelé et passionnant, à (re)découvrir grâce à la maison Attila dans une traduction de Luc de Goustine, agrémenté d'illustrations de Martin Tom Dieck.
  • La chronique audio de Nikola

jeudi 18 décembre 2008

CHESTERTON, so british!

La bibliothèque de Babel, dirigée par J.L. Borges, est une bien belle collection que j'avais découverte avec le fantastique recueil de nouvelles de Papini, Le miroir qui fuit.
Cette fois-ci, c'est à Gilbert Keith Chesterton que je vais m'intéresser et plus précisément à son recueil intitulé l'Oeil d'Apollon, qui ouvre l'ensemble.
Dans sa préface, Borges déclare :
"La littérature est une des formes du bonheur; et aucun écrivain, peut-être, ne m'a procuré autant d'heures heureuses que Chesterton."
Même si cette remarque n'est pas tout à fait neutre quand on connaît l'amitié qui liait les deux hommes; après la lecture de ce bien beau recueil, on se dit que cette réflexion n'était pas si gratuite que cela.

La plupart de ces nouvelles mettent en scène le père Brown, à la perspicacité redoutable, et son ami Hercule(un clin d'oeil au personnage d'Agatha Christie?) Flambeau, un inspecteur souvent désorienté par la tournure de l'enquête à laquelle il a affaire.

Dans l'Oeil d'Apollon , une mort intervient dans un immeuble dans lequel sévit le gourou d'une secte solaire qui proclame ses discours fanatiques depuis son balcon, sur lequel domine un énorme oeil, jonché dans un triangle. Dans l'honneur d'Israël Gow, il est question du comte Glengyle, de sa disparition et de son château au décor typiquement écossais.
Dans les pas dans le couloir, l'irrégularité des pas entendus est palpable et met la puce à l'oreille au Père Brown. Ce dernier, grâce à une finesse redoutable digne d'un Sherlock Holmes au sommet de sa forme, ne se laisse pas détourner par le piège des apparence des faits dans lequel semble tomber immanquablement le trop conventionnel Flambeau. Il sait se servir des imperceptibles détails qui jalonnent l'enquête pour la déjouer.

Parmi les qualités indéniables de l'auteur anglais, l'art de savoir surprendre n'est pas des moindres. Ses textes sont un savant mélanges entre ambiance fantastique ou macabre, péripéties déroutantes et un zeste d'humour très savoureux qui en donne sa saveur si particulière. L'évocation du secret club des douze pêcheurs à la ligne, la façon de tourner en dérision la nature religieuse des personnages, mais aussi l'ironie avec laquelle les arguments les plus extravagants sont mis en pièce, tout cela parmi tant d'autres pieds de nez à l'austérité anglicane, favorise un climat atypique.

La dernière nouvelle est un chef-d'oeuvre qui mérite à elle seule la présente parution. Le récit aurait pu être conté au coin d'un feu. Ici, c'est au bord d'un étang qu'elle nous est narrée . Les trois cavaliers de l'apocalypse conte l'histoire d'un chantre polonais qui gênait les autorités prussiennes. Un maréchal de cette armée décide de le tuer en confiant un ordre d'exécution à son valeureux lieutenant qui devra absolument être remis avant le soir. Seulement voilà la longue route désespérément rectiligne, bordée de marécages mouvants, qu'il lui faudra parcourir pour arriver au terme de son voyage, comprend des obstacles inattendus qui surgiront derrière ce cavalier lancé vers son destin...




  • à découvrir: le recueil l'Oeil d'Apollon de G.K.Chesterton aux éditions du Panama, dans la collection "La Bibliothèque de Babel"(1977) préfacée par J.L.Borges traduit par Jean Dutourd à l'exception de Les trois cavaliers de l'Apocalypse(par Sarah Leibovici)